Made in China : douce musique de Chine

Attention, ouvrez-bien vos oreilles, le son le plus répandu en Chine c’est :

RRRRRRRRREARK … PTOU !

Ouaip, la médecine traditionnelle chinoise préconisant de cracher régulièrement afin de se débarrasser de ses microbes, c’est une habitude difficile à perdre, et même les campagnes d’affichage avec amende de 50RMB lors de la crise du SRAS n’y changeront rien, faudra vous y faire.

Seulement, quand vous faites 4h de bus avec pour voisin un chinois enrhumé, c’est rude… (encore heureux que la compagnie de bus pourvoit ses clients avec de petits sachets en plastique réservés à cet effet)

Ou quand vous êtes à la salle de sport, sur un tapis de course, suant sang et eau et les souffle court (la salle de sport donnant sur un boulevard très légèrement pollué), et que votre voisin, marchant tranquillement sur le sien (de tapis), en chaussures de ville et la clope au bec vous lache un énorme reark-ptou sur la moquette à côté de vous.

D’ailleurs la première chose que vous demande un toubib chinois c’est de quelle couleur vous crachez. Perso j’en sais rien, j’y arrive pas (à cracher), vous savez faire vous ?

Made in China : Jia le Fu

Jia le Fu ? kesako ?

Littéralement « Bonheur et Prospérité de la famille » soit le nom chinois de notre bon vieux Carrefour (soit dit en passant, numéro 1 de la grande distribution en chine, si si ).

Maintenant que vous avez bravé le 88, faut voir à les faire, ces courses !

Un Carrefour pensez-vous, c’est tout comme chez nous, à moi les baguettes et le sauciflard ! oui, oui.. mais non.
C’est un Carrefour CHINOIS, et l’adjectif là, a toute son importance. Parce que TOUT, TOUT est écrit en chinois et rien RIEN n’est traduit (en même temps au Carrefour de Dijon, j’ai rarement vu des sous-titres en mandarin) et, c’est là qu’est l’os : TU NE RECONNAITRAS RIEN, même les légumes ont des tronches différentes. Quant à la viande, tu te surprendras à faire « meuh » ou « cot cot codek » au préposé à la boucherie. On survit comme on peut.

Mais le plus fun, c’est le rayon produit séché, car voyez-vous il n’y a pas de conserves en Chine, donc ils sèchent tout (généralement entre les calecons et les chaussettes sur le balcon mais j’y reviendrai) : j’ai découvert que j’aimais bien le Yo Yu Si : calamar séchés et un peu sucré. C’est comme les bonbons surprises d’Harry Potter : on sait jamais sur quoi on tombe.

Quand au rayon import, il y aura 3 yaourths périmés et un sachet de gruyère rapé : ma petite, il va falloir te mettre à cuisiner chinois !

A part ca : vous aurez les oreilles atomisées (le nombre de petites nanas qui piaillent dans des hauts parleurs saturés pour promouvoir le lait ou les couches-culottes…)
Vous aurez eu la mauvaise, TRES MAUVAISE idée de prendre un chariot, avec ca vous serz bloqué 2h dans le rayon ustensiles de cuisine. Il faut savoir que « supermarché bondé » en Chine n’a pas la même signification qu’en France.
Vous avez découvert qu’il faut toujours se trimballer la valise de billets à la main car la carte de crédit : connaissent pas.
Vous aurez halluciné devant les bacs de poisson-crevettes-tortues vivants
Vous serez reparti avec un sac de 5kgs de riz (nan, y’a pas plus petit…) et un gros mal de tête

Et comme vous êtes chargés, vous renoncez au 88 pour prendre un taxi… et là c’est une autre histoire…

Made in China : le BUS…

et pas n’importe quel BUS… le 88, soit la ligne Beilun-Ningbo. 40 minutes de sueurs froides version le bus impérial dans l’épisode 2 (je crois) d’Harry Potter.
Pas de demie mesure : à l’arrêt, ou à fond.

Pas de supermarché à Beilun je disais (enfin, les 2 premières années, après il a poussé une espèce de Carrefour taiwanais à la sortie de la ville), donc pour se sustenter il faut bien aller faire les courses. Et pour faire les courses il faut prendre le bus.

Là il convient de se faire soigneusement expliquer le principe au préalable par un collègue bilingue, car une fois laché dans la nature, vous pourrez toujours courir pour demander un renseignement…

Il faut donc :

- aller à l’arrêt de bus. OK. Là ce que l’on ne vous dit pas c’est qu’il va falloir tourner autour de l’arrêt jusqu’à ce que le bus arrive, histoire de jouer à cache-cache avec la bande de mendiants professionnels (canne et bol en émail blanc, hypra méga collant, voire un chouille aggressif. Entendons-nous bien, j’ai rien contre les mendiants : mais pas en bas de chez moi : tu donnes à un, le lendemain tu en as 10 devant ta porte, et vu comme ceux-là trottent, ils pourraient faire autre chose)

- Repérer le 88 : là c’est cool, les numéros sont comme chez nous.

- Préparer la monnaie : 3 kuais. JAMAIS ils ne rendent la monnaie, les bus. Du coup tu dois t’arranger pour la faire avec les autres passagers.

- Examiner les places assises… (on a eu l’immense privilège d’être en début de ligne, 2 arrêts plus tard, la musique est légèrement différente et ca joue du coude)

- Soigneusement choisir ta place assise : et ca, c’est l’expérience qui parle. Tout devant, ca va pas, car tu vois tout ce qu’il se passe sur la route et croyez-moi c’est pas bon pour votre coeur.
Tout derrière ca va pas non plus : c’est sur les essieus, tu vas passer le voyage à rebondir et à te taler le derrière, le power plate à côté, c’est pour les fillettes.
Au milieu, vers la porte : grosse erreur, c’est LA, et pas ailleurs que viendra se mettre le mec avec sa caisse de poissons/crevettes
Entre l’entrée et la porte : premier tiers donc. Pas bon non plus. Les sièges sont parallèles à l’allée et tu vas te retrouver avec 2 chinois sur les genoux au premier coup de frein.
2ème tiers : derrière la porte. Le pire : LES CHINOIS DES CAMPAGNES SONT MALADES DANS LES TRANSPORTS (et ca inclu les ascenseurs), et ils se mettent légèrement en retrait de la porte.
Pas le choix donc : il faut se mettre à l’avant-avant dernière place.. à droite (sinon tu auras le soleil pleine poire pendant le trajet… avec l’odeur du poisson en prime tu ne t’en remetteras pas…)

Là, si tu arrives à faire abstraction de la jeunesse chinoise qui hurle dans son téléphone portable, à rester plus ou moins en position de sécurité (les bras croisés sur le dossier de devant pour parer à tout freinage rigoureux) et à garder le nez dans un chèche parfumé (rapport à la caisse de poissons du mec) : tu auras passé un voyage à peu près acceptable.

Made in China : Préambule

Voilà, faut que je mouline du billet pré-programmé pour ne pas laisser tomber comme ca mes lecteurs (qu’est-ce qu’on ferait sinon le matin en arrivant au boulot, je vous le demande), pendant que je me dore la pilule (au choix : dans le charolais, dans les soldes parisiennes, à Stockholm ou encore au bord de la grande bleue : programme des vacances).

Bref, j’ai donc préparé quelques morceaux choisis de mes 3 ans de Chine, histoire de vous faire voir un peu l’envers du décors d’une Chine évoluée et super moderne que ne manquera pas de nous montrer Pékin lors des prochains JO en 2008.

Il faut que je resitue le contexte. Car la Chine évoluant très vite (et à tords et à travers parfois il faut bien le dire…) et étant gigantesque, ce qui est vrai un jour J à un endroit E ne l’est pas forcément plus tard et à 1500 km de là.

Tout ce que je vais donc raconter a eu lieu entre 2003 et 2006, à Beilun. Comment vous situer Beilun… Imaginez Shanghai, métropole super moderne, avec 5000 francais et la possibilité éventuelle de trouver du Brie au Carrefour, descendez d’un cran et vous avez Hangzhou, capitale de province, encore une bonne petite communauté d’expats, une fois par mois petit arrivage de camenbert Président. On n’y est toujours pas. Descendons toujours : Ningbo (à 4h de Shanghai), 50 expats, et - les jours de chance - du camembert allemand en boite. Au niveau inférieur, nous trouvons enfin Beilun, 2 expats donc, pas de supermarché et le seul fromage que vous pourrez trouver sera au soja, soit du tofu et c’est pas bon (particulièrement la version fermentée : chao daufu, celle là je ne la recommande à personne)

C’est donc là, au niveau N-3, que j’ai passé 3 ans de ma vie. Et c’était pas drôle tous les jours (enfin, maintenant, avec le recul : si)

Du bon goût chinois

Comme vous ne le savez pas, j’ai vécu 3 ans en Chine et j’en garde nombre de souvenirs, plus ou moins bons, plus ou moins cocasses. Mais ce qui est sûr c’est que j’aurais du tenir un blog et parler de mode à l’époque, ceci dit il n’est jamais trop tard et je distillerais sûrement quelques billets au bon gré de mes souvenirs. Car au point de vue modesque, la Chine c’est le paradis expérimental, que voulez-vous on ne passe pas directement de 50 ans de blouse d’ouvrier bleue à col Mao au bon chic parisien. Les jeunes chinoises des villes raffolent de la mode occidentale, ont pour principal loisir le shopping et la lecture de magazines (oui Cosmo en chinois ca existe) mais ces choses la prennent du temps, de la maturité.

Bref, tout cela me revient à l’esprit car j’ai recu il y a peu de temps un mail d’un ami rencontré en Chine donc qui m’a fait suivre quelques photos qu’il venait de faire à Shanghai, dans un mall du centre ville. Je ne sais pas vous mais pour moi les démonstratrices magasins ca évoque plutot ma grand mére en train de vanter les Poulets Duc de Bourgogne à grand renfort de ballons de baudruche et autres colifichets publicitaires (d’ou une grande collection de porte clefs dans ma jeunesse..bref). Non non, en Chine, pour faire vendre il faut ca :

Si la momie de Mao ne se retourne pas dans son cercueil de verre place Tien An Men ….

Pour info les photos sont de mon ami Tomasz Madej, et même si il aime bien les jeunes filles, il fait d’habitude de superbes photos et a même un site pour les exposer : http://www.tomaszmadej.com/